[SOCIÉTÉ] Addiction numérique chez les jeunes : L’alerte mondiale de l’OMS
En septembre 2024, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) tirait la sonnette d’alarme concernant l’usage problématique des technologies numériques chez les adolescents. L’étude, menée auprès de 280 000 jeunes âgés de 11 à 15 ans dans 44 pays d’Europe, d’Asie centrale et du Canada, révèle des chiffres préoccupants : 11% des adolescents présentent des symptômes d’addiction aux réseaux sociaux, contre 7% quatre ans auparavant.
Cette tendance inquiète particulièrement le Dr Hans Kluge, directeur Europe de l’OMS : « Nous avons besoin d’une action immédiate et soutenue pour aider les adolescents à mettre fin à l’utilisation potentiellement préjudiciable des médias sociaux. » Ces pratiques numériques excessives entraînent des conséquences graves : dépression, anxiété, harcèlement en ligne et chute des performances scolaires.
Une dépendance aux conséquences réelles
L’étude de l’OMS démontre que 13% des filles et 9% des garçons souffrent de symptômes comparables à ceux de l’addiction traditionnelle : incapacité à contrôler leur utilisation, manque en cas de privation, négligence des activités quotidiennes, et répercussions négatives sur leur vie sociale et académique.
Les réseaux sociaux ne sont pas les seuls en cause. L’OMS rapporte qu’un tiers des adolescents jouent quotidiennement en ligne, dont 22% y passent au moins quatre heures par jour. Parmi eux, 12% montrent un comportement problématique, avec une prévalence plus marquée chez les garçons (16%) que chez les filles (7%).
Reconnaissance officielle d’une addiction moderne
Face à cette réalité, l’OMS a officiellement reconnu le trouble du jeu vidéo comme une maladie dans la 11e révision de la Classification internationale des maladies (CIM-11), entrée en vigueur en janvier 2022. Ce trouble est défini comme un comportement lié à la pratique des jeux vidéo marqué par une perte de contrôle, une priorité accrue accordée au jeu au détriment d’autres activités quotidiennes, et une poursuite du jeu malgré ses conséquences néfastes.
Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS est ainsi d’avis que « les habitudes de jeu problématiques constituent un problème de santé publique croissant nécessitant une surveillance accrue. »
Des mécanismes similaires aux addictions traditionnelles
Pour leur part, les experts s’accordent à dire que l’addiction numérique partage des mécanismes similaires avec les addictions aux substances. Le Dr Marc Potenza, professeur de psychiatrie à l’Université Yale, explique les circuits de récompense du cerveau sont activés de manière similaire dans les addictions comportementales et les addictions aux substances, impliquant notamment les systèmes dopaminergiques.
Ces plateformes numériques, insiste-t-il, exploitent des mécanismes de gratification instantanée, déclenchant la libération de dopamine, l’hormone du plaisir. Cette récompense immédiate incite les utilisateurs à rechercher constamment cette sensation, les poussant ainsi dans un cycle de dépendance.
Conséquences sur la santé mentale des jeunes
Les répercussions de cette dépendance numérique vont au-delà des écrans. Le Professeur Jean-Michel Delile, président de la Fédération Addiction en France, alerte sur les symptômes alarmants observés en consultation : anxiété, troubles du sommeil, isolement social et baisse des performances scolaires.
Par ailleurs, l’étude longitudinale du Dr Jonathan Haidt de l’Université de New York, menée auprès de 10 000 adolescents, révèle une corrélation directe entre l’utilisation intensive des réseaux sociaux et l’augmentation des symptômes dépressifs. Les adolescentes utilisant les réseaux sociaux plus de trois heures par jour présenteraient un risque accru de 50% de développer des symptômes dépressifs.
La responsabilité des géants du numérique
L’OMS souligne également la responsabilité des plateformes numériques dans cette crise de santé publique. Le Dr Shekhar Saxena, ancien directeur du département Santé mentale de l’OMS, estime, à cet effet, que les plateformes numériques utilisent des techniques de conception qui maximisent l’engagement et le temps passé, souvent au détriment de la santé mentale des utilisateurs.
Face à ces dérives, l’OMS appelle à une réglementation plus stricte des plateformes numériques, notamment pour encadrer l’accès des jeunes aux réseaux sociaux et jeux vidéo. Pour y faire face, elle prône une éducation numérique dès le plus jeune âge. L’initiative ‘Be Healthy, Be Mobile’, en partenariat avec l’Union internationale des télécommunications, promeut un usage responsable des technologies.
L’OMS prévoit de publier d’ici fin 2024 un “Digital Wellbeing Framework”, un document d’orientation complet sur les addictions comportementales liées aux technologies numériques. Ce guide inclura des recommandations pour les gouvernements, les professionnels de santé et les développeurs de technologies afin de protéger les jeunes générations.
Quoi qu’il en soit, l’avertissement lancé il y a quelques mois marque un tournant décisif dans la manière dont le monde perçoit les technologies numériques. Autrefois synonymes de progrès, les écrans sont désormais sous surveillance !
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La nomophobie, contraction de "no mobile phone phobia", désigne la peur excessive d'être séparé de son smartphone. Ce mal du siècle touche de plus en plus de personnes, notamment les jeunes, devenus dépendants de leur appareil pour communiquer, s'informer ou simplement combler le vide. Les symptômes incluent une anxiété intense, une irritabilité et même des troubles du sommeil. Cette dépendance numérique s'explique par le besoin constant de connexion sociale et la gratification instantanée procurée par les notifications.