[L’HISTOIRE FASCINANTE DE L’ÎLE MAURICE] Le tracé menant à l’indépendance
L’histoire de l’île Maurice remonte à plusieurs siècles. Dès le début du Moyen Âge, des navigateurs arabes furent les premiers à repérer cette île inhabitée au cœur de l’océan Indien. Ils la baptisèrent Dina Arobi ou Dinarobin, mais, faute de ressources exploitables, ils ne s’y installèrent pas durablement.
En 1507, les explorateurs portugais, menés par Don Pedro Mascarenhas, débarquèrent sur l’île et la nommèrent Ilha do Cirne (Île du Cygne). Ce fut le point de départ de l’appellation des îles Mascareignes, regroupant Maurice, La Réunion et Rodrigues. Cependant, les Portugais ne colonisèrent pas l’île et poursuivirent leur route vers d’autres terres plus prometteuses.
En 1598, les Hollandais, sous le commandement de l’amiral Wybrand Van Warwyck, prirent possession de l’île et lui donnèrent le nom de Mauritius, en l’honneur de leur prince Maurice Van Nassau. Ils tentèrent d’y établir une colonie, exploitant le bois d’Ébène et introduisant la culture de la canne à sucre. Cependant, confrontés aux cyclones, à des conditions climatiques difficiles et à l’absence de main-d’œuvre, ils abandonnèrent l’île en 1710.
L’ÈRE FRANÇAISE : MAHÉ DE LA BOURDONNAIS, LE BÂTISSEUR
Cinq ans plus tard, en 1715, les Français prirent l’île et la rebaptisèrent Île de France. Le véritable tournant survint en 1735 avec la nomination de Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais comme gouverneur. Ce visionnaire transforma profondément l’île, jetant les bases de son développement économique et infrastructurel.
Sous son administration, Port Louis devint la capitale, remplaçant Port Sud-Est, trop exposé aux vents violents. Il fit construire un chantier naval, des routes, un hôpital et une raffinerie de sucre. Pour soutenir cette expansion, il importa massivement des esclaves de Madagascar et du Mozambique. Malgré son influence déterminante, Mahé de La Bourdonnais tomba en disgrâce dans sa patrie, en France, où il mourut en 1753 après des années de procès et d’emprisonnement.
Durant la Révolution française, l’île connut une période d’autonomie relative (1790-1803). Cependant, l’abolition de l’esclavage décrétée en France en 1794 ne fut pas appliquée à la colonie en raison de la forte opposition des maîtres.
L’OCCUPATION BRITANNIQUE ET L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE
Entretemps, la rivalité entre la France et l’Angleterre s’intensifia, conduisant à la célèbre bataille de Vieux Grand Port en 1810, où les Français remportèrent une victoire historique. Cependant, quelques mois plus tard, les Britanniques menèrent une attaque surprise à Cap Malheureux et prirent définitivement le contrôle de l’île. En 1814, le Traité de Paris officialisa la cession de l’Île de France à la couronne britannique, qui lui redonna son ancien nom : Mauritius.
Le premier gouverneur britannique, Robert Farquhar, poursuivit le développement de l’île, notamment en modernisant les infrastructures et en accélérant l’essor de l’industrie sucrière. En 1835, l’abolition officielle de l’esclavage eut lieu, mais elle ne signifia pas immédiatement la liberté pour tous. Les propriétaires terriens furent indemnisés tandis que les esclaves, eux, durent attendre des années avant d’être réellement émancipés.
Face à la pénurie de main-d’œuvre dans les plantations, les Britanniques mirent en place un système de recrutement de travailleurs engagés en provenance de l’Inde.
Des milliers immigrants Indiens arrivèrent par bateau, et débarquèrent à l’Aapravasi Ghat, dans des conditions difficiles. Beaucoup d’entre eux parvinrent néanmoins à s’établir et à prospérer, certains devenant des entrepreneurs influents dans le paysage économique mauricien.
LES DÉFIS AVANT L’INDÉPENDANCE
Le XIXe siècle fut marqué par des périodes difficiles : cyclones, épidémies de malaria et incendies. Ces catastrophes ravagèrent l’île et provoquèrent l’exode de nombreuses familles de Port Louis vers des régions plus sûres, créant des villes comme Beau Bassin, Rose Hill, Quatre Bornes et Curepipe.
Le mouvement en faveur de l’indépendance s’intensifia après la Seconde Guerre mondiale. En 1968, après des années de négociations et de luttes politiques entre les partisans du Parti Travailliste de Sir Seewoosagur Ramgoolam et ceux du Parti Mauricien Social-Démocrate (PMSD) de Gaëtan Duval, l’île Maurice accéda finalement à l’indépendance, le 12 mars 1968. Elle resta cependant sous le régime de la monarchie britannique, avec la reine d’Angleterre comme chef d’État. En 1991, le corps législatif vota la transition vers une forme républicaine de gouvernement et, le 12 mars 1992, l’île Maurice passa au statut de république. Après l’abolition de la monarchie, le dernier gouverneur général de l’île Maurice, Sir Veerasamy Ringadoo, est devenu le premier président de la République. Après lui, il y a eu successivement, Cassam Uteem, Karl Offmann, Sir Anerood Jugnauth, Kailash Purryag, Ameena Gurib Fakim et Prithvirajsing Roopun.
57E ANNIVERSAIRE DE L’INDÉPENDANCE
L’indépendance sur un plateau
“The wind of change is blowing through the continent. Whether we like it or not, this growth of national consciousness is a political fact.”
La Grande-Bretagne n’avait pas fait de résistance concernant l’octroi de l’indépendance à Maurice, allant dans le sens de la déclaration du Premier ministre britannique Harold Macmillan, faite le 3 février 1960 devant le Parlement sud-africain à Cape Town. En fait, cette déclaration suit celle, faite pour la première fois, à Accra au Ghana, le 10 janvier 1960.
“The wind of change is blowing through the continent. Whether we like it or not, this growth of national consciousness is a political fact.” Cette déclaration inaugurait la nouvelle politique de Londres ouvrant l’option d’indépendance à toutes ses colonies. Toutefois, le cas de Maurice n’a pas été un boulevard dépourvu d’obstacles au niveau local. Les réactionnaires ne furent pas loin, ni moins les obstacles, dressés par une partie importante de l’opinion mauricienne, soutenue par une presse robuste, et la presse indépendantiste, aussi combative, tentait bien une parade.
LA CAMPAGNE ‘POUR ET CONTRE’ L’INDÉPENDANCE
“A press campaign was also started for and against independence. All our socialist papers went on mobilizing public opinion in favour of independence whereas the conservative papers did so to make integration a reality. It was repeatedly said that independence would have its consequent evils whereas integration its resulting blessings.”
En gros, selon les indépendantistes, l’indépendance devait apporter paix, prospérité et liberté; égalité sociale et économique; dignité et statut; développement économique et industriel; fin à l’exploitation Alors que dans le camp des opposants l’on soutenait que l’association/intégration assurerait la conservation du passeport britannique; l’accès au Marché Commun; la planification de l’économie; l’harmonie entre les différentes composantes de la société mauricienne.
LES ANTI-INDÉPENDANTISTES MONTENT SUR LA SCÈNE
Les anti-indépendantistes qui craignaient “the rule of the Hindus over the Muslims, the Chinese and the Coloured people”(Idem) allaient faire du spectre de l’hégémonie hindoue. une des cartes maîtresses de leur campagne de la peur. Le débat sur l’épouvantail communal était doublé d’une stratégie délibérée de l’oligarchie pour créer un sentiment d’insécurité dans le pays.
“Since 1965 the White planters had stopped expanding their activities and they had also neglected part of their normal work. That was done deliberately in order to cause a large-scale unemployment which they believed would greatly affect the Independence Party and help Parti Mauricien. All the commercial banks also played their part in creating problems and causing frustration. That was a strategy planned to magnify economic insecurity. In most cases they refused to give overdrafts. Thus both agriculture and commerce started going from bad to worse. People began to feel insecure.”(Idem)
Une image apocalyptique était associée à l’avénement de l’indépendance. “Les oligarques de tendance réactionnaire furent d’avis que le pays se dirigeait la tête la première vers une période marquée par le chaos et le catastrophe engendrés par la pauvreté, la famine, la violence, et les flambées communales. Cette sombre prévision se fondait sur le fait que la population croissait à un rythme alarmant dans un pays déjà en proie à la pauvreté, à la malnutrition et à la maladie et dont l’économie dépendait uniquement de la production de sucre, laquelle était malheureusement sujette aux caprices de la nature.”
Texte: Breejan & Pearlishka Burrun